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Les porteurs de valises

  • 23 juil. 2013
  • 3 min de lecture

Il régnait comme une atmosphère étrange ce jour-là dans le cabinet du préfet de la région PACA. Sous son égide et autour de sa garde rapprochée, étaient réunis pour une table ronde les représentants des dockers du port de Marseille, le directeur du terminal de croisières - mine sombre - deux délégués de la compagnie Costa et le président plus le vice-président de la Chambre de commerce et d’industrie de Marseille.

Ambiance un soupçon tendue. Les huiles étaient de sortie dans la perspective d’enrayer un conflit naissant, un de plus, sous ce beau ciel phocéen que le monde entier nous envie.

Sept. Les dockers étaient venus à sept pour réclamer un nouveau monopole, celui de porter les bagages des touristes s’entêtant à débarquer dans la ville, pour quelques temps encore inscrite au programme de leur croisière. Se faisant plus rares et pour cause, les marchandises transitant par le port de Marseille et matière d’ un premier monopole, ne leur suffisaient plus. Et pour être sûrs d’être bien pris au sérieux, menaces de grèves et de blocage du trafic, recettes toujours efficaces. Quant aux bagagistes en place depuis longtemps mais soumis, eux, au régime de la concurrence, il leur serait suggéré d’aller exercer leurs talents ailleurs, loin de Marseille, ce ne sont pas les ports qui manquent en Méditerranée.

Difficile d’engager un débat et des négociations à partir de cet argumentaire. D’autant plus délicat quand on sait qu’un docker à la sauce marseillaise coûte quatre fois plus cher qu’un bagagiste lambda et pas forcément syndiqué. Certes, le professionnalisme, ça se paye surtout quand il s’agit d’empêcher les bus et les taxis – de quelle manière ? – de venir chercher les touristes à leur descente, les contraignant ainsi à parcourir plusieurs kilomètres à pied, valise en main, pour sortir de l’enceinte portuaire et trouver un moyen de transport. On est militant de sa cause où on ne l’est pas, amateurs s’abstenir.

Le préfet a commencé par audacieusement proposer un verre d’eau à tout le monde. Forcément, avec cette chaleur. Les dockers, épaule contre épaule, n’ont pas bronché. Puis il s’est lancé dans l’exposé que chacun redoutait, une sorte d’état des lieux angélique sur le mode « il faut bien que tout le monde vive » ou encore « il y a du travail pour tous ». Non, précisément, il ne faut pas que tout le monde vive, répliquèrent les dockers. Du moins pas à Marseille. Quant au travail, comptez sur nous, il y en aura de moins en moins.

La discussion, déjà fort bien amorcée, se poursuivit sur l’interprétation qu’il convenait de faire d’un protocole signé en 2008 et que les dockers avaient exhumé depuis quelques semaines et mettaient en avant puisqu’il fallait bien, malgré tout, sauver les apparences. Le directeur du terminal explosa. Cet accord, tout le monde le savait, ne concernait que les marchandises et en aucun cas les bagages. De surcroit, il ne prévoyait l’intervention des dockers dans cette activité qu’à défaut de bagagistes.

En quelques minutes, l’essentiel avait été dit. Il s’agissait à présent de s’entendre sur le communiqué qui suivrait la réunion et qui serait proposé aux journalistes. Ce ne fut pas très long : l’exercice consistait dans l’agencement bien senti de quelques éléments de langage du genre « apaisement », « ouverture prometteuse d’un cycle de négociations menées dans l’intérêt mutuel », « avancées encourageantes » … . Un jeu d’enfant.

Il est vrai, depuis quelques jours, les medias s’étaient beaucoup intéressés aux valises des touristes. Beaucoup moins aux touristes eux-mêmes que l’exception culturelle régionale commençai t pourtant à lasser sérieusement. Pas le sens de l’humour, les touristes. Pas d’intérêt réel pour nos valeurs de terroir. Un goût modéré, finalement, pour notre folklore local. Un peu comme ces armateurs et ces croisiéristes qui ont commencé à guigner les atouts des autres villes de la Méditerranée lesquelles n’ont pourtant ni MuCem, ni Euromed, ni OM. Mais qui évitent de se comporter comme si Gênes n’existait pas.

turcan@covos.fr

 
 
 

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