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Des ovnis dans la ville - Chronique de tourisme spatial

  • 9 sept. 2013
  • 3 min de lecture

Boulogne-Billancourt, place Marcel Sembat. L’agence fait un angle. Enseigne patriarche locale, elle vend depuis un demi-siècle des voyages aux quatre coins de la planète. Avant cette soirée, elle n’avait jamais envisagé de proposer à ses clients des billets pour l’espace, le vrai, celui qui transgresse les itinéraires convenus. C’est fait. Pour la première fois, le tourisme spatial descend dans la rue et s’affiche comme une hypothèse crédible.

L’initiative d’organiser cette réception en plein cœur de la ville a été prise par le très récent Institut Européen de Tourisme Spatial. Plusieurs personnalités ont, de bonne grâce, fait le déplacement : deux sénateurs, membres de la commission Espace de la haute assemblée, le directeur adjoint de la Direction Générale de l’Aviation Civile, divers représentants du CNES et des grandes industries concernées. Et bien sûr, le maire de Boulogne et ceux des communes groupées au sein du Grand Paris Seine Ouest.

Que l’on vienne de la porte de Saint-Cloud ou que l’on arrive par le boulevard Jean Jaurès ou l’avenue Victor Hugo, on devine l’agence de loin dans le halo des projecteurs disposés en plusieurs endroits choisis du large espace piétons sur lequel ouvrent ses portes. Ses vitrines ont été, pour un soir, entièrement repensées sur le thème de l’Espace. Dans une lumière bleue, flottent, suspendues à des filins invisibles, cinq planètes anonymes. Au milieu, en ascension, le modèle réduit du Space Ship Two et de son vaisseau porteur. Dans chaque coin de la vitrine, deux mannequins revêtus de la combinaison du touriste spatial. La vitrine donnant sur l’avenue du Général Leclerc présente, elle, de plain-pied et en taille réelle, un morceau de la cabine passagers de l’avion-fusée imaginé par ASTRIUM. En fond, un gigantesque poster présentant cette même cabine en perspective.

Sur le trottoir, devant l’agence, est exposée l’attractive maquette au fuselage noir du vaisseau Lynx conçu par la société XCOR. Depuis la fin de l’après-midi, les passants s’agglutinent autour du carré de protection, mitraillant de leur portable l’énorme jouet complaisamment exhibé. A ses côtés, sur un socle relevé, trois grands écrans formant triangle diffusent en boucle l’animation d’un vol suborbital.

A l’intérieur de l’agence, on se bouscule devant d’autres écrans plus petits, une coupe à la main. Les plus âgés des convives sont un brin sceptiques et amusés mais très attentifs. Les plus jeunes posent des questions, beaucoup de questions. Ils intègrent peu à peu, en fronçant le sourcil, le projet de tourisme spatial dans leurs futurs projets d’évasion. Un vol à sensation forte, pourquoi pas ? L’année prochaine, sûrement pas, mais dans trois ou quatre ans, lorsque la technologie sera au point et les coûts devenus raisonnables, tout à fait envisageable.

A huit heures trente déjà, le trafic auto est parfaitement bloqué sur la place malgré les renforts de police qui ont été prévus. Les voitures paraissent attirées par la lumière blanche et bleue qui inonde ce coin d’avenue d’ordinaire obscur à cette heure-ci. Elles passent lentement devant l’agence et leurs occupants scrutent les lieux en quête d’un visage connu. Un agent est interpellé : c’est un tournage ? Non, circulez !

TF1, dont les studios sont à quelques centaines de mètres de l’agence, a dépêché une équipe chargée de recueillir et de filmer les impressions des invités ou des passants. Le montage se fera dans la nuit pour l’édition du 20 heures du lendemain.

Neuf heures quinze, arrivée de Patrick Baudry et de trois jeunes astronautes français qui provoque un peu plus de confusion encore. Escortés jusqu’à l’agence, ils y pénètrent sous les applaudissements.

A minuit, une foule dense est toujours là, sous les fenêtres de cet homme en pyjama qui la contemple en souriant. Quitte à ne pas dormir, autant être de la fête. Encore une heure et le quartier redeviendra un simple morceau de ville, quelque part sur la Terre. La circulation s’est fluidifiée. La tension peu à peu retombe. Et chacun, s’imaginant sans doute avoir changé de dimension, s’apprête à rentrer pour compter ses propres étoiles.

turcan@covos.fr

 
 
 

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