Business in Mare Nostrum
- 28 janv. 2014
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A quel moment de son passé la Méditerranée a-t-elle jamais été en paix ? Nous faut-il attendre que tous les Etats concernés soient gouvernés selon les mêmes principes pour constituer des alliances économiques régionales ? Les raisons doivent-elles être obligatoirement historiques d’une coopération accrue entre les pays riverains de la Méditerranée ?
Ce chef d’entreprise trentenaire et catalan, conférencier de la 3e édition du Forum des Young Mediterranean Leaders tenu à La Valette au début de l’automne était bien décidé à mettre les pieds dans le plat.
« Le Processus de Barcelone tarde peut-être à trouver un second souffle mais le rapprochement entre les deux rives de la Méditerranée a quelque chose d’inéluctable. Nous le savons tous. Et le constat s’impose : l’Union pour la Méditerranée se fera sur la base et à partir d’accords de terrain conclus entre les acteurs économiques des deux zones. C’est aux entreprises de montrer la voie du rapprochement. Un nouveau dialogue nord-sud, régionalisé, va prendre corps. Les Etats suivront, ou non, ce n’est plus la priorité. Ce n’est même peut-être plus très important.
Le précédent orateur a insisté sur l’impérieuse nécessité, pour faire progresser l’Union pour la Méditerranée, d’ignorer les conflits étatiques locaux. Il a raison. On ne peut briser le processus de l’ Union pour la Méditerranée simplement parce qu’on n’obtient aucun résultat tangible dans les conflits sous-régionaux présentés comme des irrédentismes. En décembre 2010, la presse internationale s’est faite amplement l’écho – pendant quelques jours seulement – d’une collaboration de plus en plus poussée entre les entreprises israéliennes et les entreprises palestiniennes quelque part du côté de Bethléem. Qui en parle aujourd’hui alors que les ingénieurs de ces mêmes entreprises continuent pourtant de travailler quotidiennement ensemble ? De la même manière, parlons-nous de cet investisseur originaire de Césarée qui s’est récemment associé avec un entrepreneur de Ramallah pour lancer un fonds de capital-risque ayant pour objectif l’aide à la création d’une douzaine de start-up dans le secteur de l’information et de la communication ? Ajoutons à la confusion et à la perte des repères : Google, Cisco Systems et George Soros participent au capital. Citons encore ce « Club PPP » - pour Partenariat Public Privé – largement inspiré de pratiques britanniques et à présent françaises, qui regroupe l’Egypte, la Jordanie, le Maroc et la Tunisie en vue de permettre aux entreprises qui en sont à l’origine d’alléger la charge d’Etats exsangues dans le domaine des services publics. La liste serait longue de ces nombreuses initiatives lancées en toute indépendance des conférences politiques internationales. Elle pourrait avantageusement se clore par l’évocation de ces multiples connexions transméditerranéennes du projet Medgrid destiné à renforcer la sécurité des approvisionnements et la rentabilité des programmes sud-méditerranéens de production d’électricité. Un projet que le printemps arabe n’a pas même perturbé.
Vous conviendrez avec moi que la coopération autour de la Méditerranée, eh bien, elle tourne du côté des acteurs économiques de tous bords et de toutes nationalités quand elle se nécrose du côté des représentants politiques. Le phénomène invite à revendiquer, plus que jamais, une part croissante de pouvoir dans la direction des hommes au profit de la société civile. Et d’abord qui sont-ils ces politiques qui s’opposent en permanence et se complaisent dans l’immobilisme ? Au pire des autocrates, au mieux des élus minoritaires arguant d’une légitimité qu’ils ne tiennent que d’une fiction juridique. On devient chef d’Etat après avoir été désigné, au premier tour d’une élection, par 20% à peine des votants, soit entre 10 et 15% du corps électoral. Et un candidat ne devient l’élu de la « majorité du peuple » qu’au terme de savants stratagèmes, montages, arrangements avec la démocratie et le vote populaire, fausses fusions d’intérêts et rapprochements en tous genres qui volent en éclats quelques jours seulement après l’élection.
Dans une situation économique extrêmement tendue, comme c’est le cas aujourd’hui, on ne peut plus se satisfaire de ce statu quo idéologico-politico-juridique. Il nous faut alors inventer autre chose qui ne soit pas exclusivement fondée sur la quête de la représentativité politique. En se gardant d’y substituer d’autres pouvoirs ou magistères qui agiraient sur mandat mais qui ne feraient que reproduire des schémas improductifs. La société civile économique réclame seulement plus d’espaces de liberté pour agir au mieux des intérêts de tous et s’adapter aux circonstances. Les entreprises savent faire. L’Europe a rendez-vous avec son sud et l’Union méditerranéenne passe par les entreprises. Ayons soif d’initiatives concrètes » conclut l’orateur.
Le sirocco avait soufflé toute la nuit et le Grand Port n’avait pas vraiment préservé des rafales venues du sahara tunisien. A présent, le temps était clair et du Mediterranean Conference Center, tout proche du Fort Saint-Elme, les côtes de Sicile se distinguaient nettement. La sérénité de sa pierre dorée faisait oublier que la ville, jadis forteresse imprenable, avait subi bien des outrages, depuis le long siège de Soliman le Magnifique jusqu’aux pillages napoléoniens. Aujourd’hui, qui pourrait mieux symboliser, résumer ou anticiper le dessein méditerranéen que les entreprises de cette île-pays, Malte, dont on ne sait encore si elle est un morceau d’Europe ou un fragment dérivant d’Afrique du Nord ?
turcan@covos.fr




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