Le Musée de la Ville et des Cités

Il faudrait bien faire quelque chose de cette pointe amont de l’Ile Seguin à Boulogne-Billancourt.
D’autant qu’à l’autre extrémité de l’île se dresse désormais, fière, altière, l’imposante Cité musicale qui ne tardera pas à devenir le flagship de la ville et du Grand Paris Seine Ouest.
Les projets qui s’étaient succédés jusque là avaient chaviré. Mais la volonté demeurait, intacte, de poursuivre dans une veine placée sous le signe de la création. Et la poupe de cet ancien site industriel, moyennant quelques aménagements, deviendrait bien ce pôle des arts imaginé quelques années auparavant, essentiellement financé sur fonds privés drainés par deux puissantes fondations.
Au sein de la pépinière constituée, c’est en moindre nombre que les entreprises seraient accueillies et sur des critères beaucoup plus sélectifs. La superficie de la halle d’exposition serait également ramenée à des dimensions plus modestes. L’espace de conférence, les deux salles de vente aux enchères, le plateau de création, les résidences d’artistes, les galeries d’art et l’ensemble de bureaux seraient tous maintenus dans leur configuration d’origine. L’entrepôt, lui, serait supprimé, actualité oblige. Le cluster artistique pourrait ainsi faire place à un projet complémentaire susceptible de s’insérer dans le programme arrêté en novembre 2012.
Les concertations sur la question venaient à peine de démarrer quand cette équipe pluridisciplinaire, fraîchement et amèrement recalée de la consultation « Réinventer Paris », proposa le lancement d’un projet muséal consacré à la ville. Elle avait insisté : il ne s’agissait pas d’inaugurer un musée consacré à la ville d’accueil mais bien de créer un espace de rencontre de toutes les villes. Le Musée de la ville et des cités – le MUVIC – serait celui de tous les dialogues et de tous les échanges entre urbanistes, architectes, sociologues, enseignants, historiens, artistes urbains et responsables territoriaux. Il serait un lieu de réunions pour chercheurs, étudiants, experts en sciences urbaines et humaines.
Le projet était présenté comme une manière de lire les villes, d’en capter les vibrations majeures, qui offrirait aux visiteurs, au moyen d’expositions carte blanche temporaires et de reconstitutions de rues, le luxe de ressentir les ambiances urbaines de Cincinnati, Gênes, Barcelone ou Shanghai. L’ambition étant de restituer en un lieu unique les pics émotionnels de chaque ville mise à l’honneur.
Le MUVIC serait aussi le lieu privilégié de découverte et de croisement de tous les projets de rénovation et de renouvellement urbains, de reconversion, réhabilitation, reconquête de quartiers jusque là délaissés. Constituant ainsi un creuset inédit de projets innovants et d’expériences sensibles.
Il aurait enfin vocation à devenir un nouvel espace événementiel à la disposition des nombreuses entreprises venues s’installer sur le territoire au cours des dernières années.
La proposition fut très favorablement accueillie. Elle semblait même particulièrement opportune alors qu’étaient assez volontiers reconnues désormais la montée en puissance et l’influence des villes. Celles-ci se révélant comme les moteurs d’une économie prenant appui sur les réalités territoriales et les contingences locales en conférant une importance croissante aux valeurs de proximité.
La ville de Boulogne-Billancourt perçut très vite tout l’avantage à retirer d’un tel projet dont l’apport serait grand pour le prestige international de l’ensemble du département. Les relais privés ne manqueraient pas pour promouvoir une réalisation alliant l’Ile Seguin, la Cité musicale et le pôle d’art contemporain au Musée de la ville et des cités, soit un ensemble taillé pour une formidable expérience de centralité déplacée et d’attractivité nouvelle.
Comme une manière de rendre hommage au projet initial, la première exposition du MUVIC se donnerait pour mission de réunir une partie des œuvres et réalisations de plusieurs artistes que la thématique de la ville inspirait. Et c’est par le propos
« L’art au cœur de la cité
La ville au cœur de l’art »

que le musée pourrait concevoir d’ouvrir ses portes. Pressentis, ils donneraient vite leur accord sur leur participation active. Jean-François Rauzier et ses hyperphotographies. Miguel Chevalier, pour ses arabesques fractales et ses cités digitales. Jean-Michel Othoniel et ses sculptures de verre soufflé et d’aluminium. Simon Bergala et ses représentations peintes de l’organisation spatiale des villes. Philippe Robigo pour ses kimonos-sentinelles, ses mikados géants et ses salons de rue. Alain Bublex pour ses paysages urbains et ses villes inventées…
D’autres suivraient, assurément.
En prime, deux ou trois soirées de gala qui pourraient prévoir d’accueillir la troupe du Tanztheater Wuppertal pour une représentation de Masurca Fogo ou la ville dansée, un ballet né de la rencontre entre Pina Bausch et la ville de Lisbonne… .
Il est 7h30 et nous roulons au pas sur le quai Georges Gorse. La pointe amont de l’Ile Seguin demeure à l’état de friche urbaine, entre ses deux rives. Le temps s’y est arrêté. Pour déceler en cet endroit un élément clé du « Montparnasse du XXIe siècle », du futur « haut lieu culturel du Grand Paris » ou encore de cet « aimant à artistes » promis aux boulonnais, il faut une certaine dose d’imagination et avoir bien dormi. Mais une réécriture urbaine créative nous est ici proposée qui nous enjoint d’être perspicaces. La dimension culturelle, comme la dimension touristique, constitue un puissant révélateur de l’identité d’un territoire fort utile dans un contexte de compétition généralisée. Et sur ce morceau de ville qu’une géographie distraite a isolé sur la Seine, un défi a été lancé qui mérite bien d’être relevé.
turcan@covos.fr
Image:
Philippe Robigo , Le Mikado, 2014, © Philippe Robigo


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